
J’ai reçu des commentaires suite au dernier post publié sur ce blog (des e-mails, commentaires via facebook et un commentaire sur ce bloc).
J’ai donné des réponses par mail… mais il me semble intéressant de compléter mon propos en répondant au commentaire de Jean (merci, monsieur).
J'en profite pour en faire un nouveau post.
Il est évident qu’un éditeur doit impérativement faire vivre les ouvrages dit "de fond" .
Les titres de son catalogue sont sa richesse. L'utilisation du terme "patrimoine" n’est pas galvaudé.
Un éditeur ne peut et ne doit pas négliger son fond.
Je suis d’accord avec vous.
Mais… Voilà…
Pour qu’un titre soit (ou reste) la propriété de l’éditeur, ce dernier doit en détenir les droits.

La notion de droit nous oblige a nous référer au contrat type, et surtout au code de la propriété intellectuelle.
On commence par L’article L132-12 du C.P.I. Il dit :
__L'éditeur est tenu d'assurer à l'œuvre une exploitation permanente et suivie et une diffusion commerciale, conformément aux usages de la profession.
__
Dans les contrats d’édition on trouve, généralement dans l’article des obligations de l’éditeur, ceci :
__Dans le cas où l’ensemble des éditions de l’œuvre auxquelles aurait procédé l’éditeur viendrait à être épuisé, le présent contrat serait résilié de plein droit, sauf convention particulière, si l’éditeur ne procédait pas, lui-même ou par l’intermédiaire d’un tiers autorisé, à une réimpression dans un délai de neuf mois à compter de la mise en demeure, par lettre recommandée avec demande d’accusé de réception, qui lui serait faite par l’auteur. Celui-ci recouvrerait alors purement et simplement la libre disposition des droits visés au présent contrat.
__
Puisque j’ai pris le cas des éditions Dupuis dans mon précédent post, je vais continuer avec cet éditeur.
Question :
Depuis combien de temps les ouvrages de la série Docteur Poche sont-ils épuisés ou indisponibles en librairie ?
Réponse :
Très longtemps... Trop longtemps
Conclusion :
Au terme de l’article L132-12 du C.P.I, l’éditeur n’est plus propriétaire des droits. L’auteur a récupéré l’entière jouissance.

Je parle de « Docteur Poche » en connaissance de cause.
Halluciné qu’une œuvre majeure puisse disparaitre pour les lecteurs, les éditions charrette s’étaient rapprochées de M.Wasterlain pour lui proposer de réaliser une nouvelle édition. L’auteur nous avait confirmé qu’il avait la jouissance de ses droits. Si les ouvrages ne se sont pas fait aux éditions Charrette, c’est uniquement parce que Wasterlain travaillait déjà sur une intégrale pour le compte des éditions l’âge d’or.
De la part des éditions Dupuis, Il ne s’agit pas d’un travail de son fond mais d’un nouveau contrat , après avoir jeté incorrectement Wasterlain et son œuvre.
Un autre exemple, « Sophie » de l’extraordinaire Jidéhem….

Depuis le début des années 1990 (si je ne me trompe pas), Les éditions Dupuis n’exploitent plus la série.
Jidéhem avait récupéré ses droits. Il avait également fait l'acquisition du stock qu’il vendait directement aux lecteurs.
Les éditions Dupuis viennent de publier une première intégrale de la série Sophie… donc, nouveau contrat.
Une nouvelle fois, il ne s’agit pas d’un travail de fond.
L’avantage des éditions Dupuis, c’est le matériel. Dans ses archives, l'éditeur possède les films d'impression.
C'est un avantage majeur car il y difficile pour un nouvel éditeur de rassembler l'ensemble des éléments nécessaire à la réédition.
Les auteurs ont vendu des planches (pour vivre)... Etc... Etc...
Pourquoi ce regain d'intérêt de la part des éditions Dupuis pour ces séries historiques ?
Les éditeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.
Niffle a fait un travail admirable du temps de Niffle édition en publiant des ouvrages patrimoniaux. Je pense particulièrement à "Félix" de Tillieux.
Il prolonge ce travail éditorial chez Dupuis. Cela semble parfaitement logique.
On peut également citer l’admiration de Jean-Louis Bocquet pour Tillieux… Etc… Etc…
Mais en dehors des considérations affectives, je pense surtout que les éditions Dupuis ne font que répondre à un manque chez les lecteurs de 40-50 ans.
On peut clairement parler de niche.
40-50 ans, c'est une tranche d’âge où le pouvoir d’achat est plus fort que chez les plus jeunes. Les ouvrages "patrimoines" ne sont que "des madeleines » pour cette tranche d’âge.
Pour démonter cela, je me base sur le prix de vente de ces ouvrages.
Il s’agit clairement d’histoire en direction de la jeunesse. Pourtant, le prix de vente n'est pas en relation avec l'argent de poche d'un jeune.
Connaissez vous des enfants aptes à mettre 24 € pour découvrir une bande dessinée old school ?
Je ne parle même pas de la série "César" dont le prix de vente est de 39 €.
D’ailleurs, la classification « Patrimoine » indique clairement la couleur.
L'éditeur ne cherche pas des nouveaux lecteurs. Il répond à un besoin de collectionnite...
Jean me dit :
« Une nouveauté (Portugal) coute évidemment plus cher à produire puisqu'il y les avances aux auteurs qui sont normalement plus importantes qu'une reedition (materiel déjà produit et paye précédemment). Donc le prix de vente s'en ressent. Non ? »
Dans la mesure où l’édition de l’intégrale nécessite un nouveau contrat, il est évident que cela engage également des nouveaux frais pour payer les auteurs ou les ayants droits. On ne peut pas dire que ce type d’intégrale coute moins cher qu’une nouveauté (et je ne parle pas des frais de restauration des films ou des originaux... et des scannes).
Mais allons plus loin…
Le catalogue des nouveautés démontre que cette situation ne répond pas à une logique cartésienne.
Nous allons nous arrêter sur l’édition intégrale de « l’épervier ».
Il s’agit d’un ouvrage de 288 pages en couleurs. Le prix de vente est de 50 €.
Le matériel est déjà produit… Nous sommes bien d’accord qu’il s’agit d’une réédition.
Prenons maintenant le cas de la nouveauté « Portugal ».
Il s’agit d’un ouvrage de 264 pages en couleurs. Le prix de vente est de 35 €.
Pourtant, c’est une création.
288 pages de réutilisation 50 € (soit 0.17 € la page)
261 pages de nouveauté 35 € (soit 0.13 € la page)
Mais ça ne s’arrête pas là.
Prenons maintenant le cas de l’intégrale de « Quintett ».
Il s’agit d’un ouvrage de 344 pages en couleurs. Le prix de vente est de 50 €.
Le matériel est déjà produit… Nous sommes bien d’accord qu’il s’agit d’une réédition.
344 pages de réutilisation 50 € (soit 0.14 € la page)
Si vous avez une explication, je suis preneur.